« La finalité n'est pas le profit, mais la survie »

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Les boutiques de Théophile

 « La finalité n'est pas le profit, mais la survie »


Marie-Catherine Paquier, enseignante-chercheuse (DR.)

Elle est dans le secret des dieux... et des chiffres. Marie-Catherine Paquier est l'auteur d'une thèse sur le marketing des produits monastiques. Cette enseignante-chercheuse à l'école de commerce Novancia travaille sur la manière dont s'imbriquent commerce et religion.

Que représente l'économie monastique aujourd'hui en France ?
MARIE-CATHERINE PAQUIER. Dans ce milieu, les chiffres ont un côté tabou et sont très difficiles à obtenir. Aujourd'hui, on estime qu'il s'agit d'un marché à 70 M€. Ça équivaut au marché des Amap (NDLR : les associations qui promeuvent la relation directe entre consommateur et paysan). Ça reste une activité de niche, mais elle est en progression parce que de plus en plus d'abbayes se digitalisent et se professionnalisent. On assiste au développement des « market places », ces sites Internet rassemblant plusieurs monastères qui espèrent, de fait, être plus visibles et donc vendre plus. Le plus connu est celui des Boutiques de Théophile, qui fédère quinze communautés.

N'y a-t-il pas un paradoxe à chercher à faire du profit quand on a fait vœu de pauvreté ?
Il faut comprendre que, pour les religieux, la finalité n'est pas le profit mais la survie. Ils ne gagnent rien à titre personnel, tout revient à la communauté. Cet argent sert à couvrir les frais d'alimentation, d'habillement, de chauffage, d'entretien du patrimoine, de santé. Ceux-ci sont d'autant plus importants que l'on a affaire à une population vieillissante, entrée dans le quatrième âge. Sans compter que, comme toute entreprise, ils sont soumis aux mises aux normes de leurs installations : rampes pour handicapés, portes coupe-feu... Pour pallier cela, ils doivent travailler plus.

Il n'y a jamais collusion entre vie professionnelle et vie monastique ?
Si, ils sont de plus en plus sur le fil du rasoir. Cloisonner devient très difficile. Il y a l'intrusion du mail, du téléphone portable. Les moines ont l'obligation d'être hyperconnectés, ce qui contraste avec leurs obligations de vie monastique que sont la clôture, le silence, la solitude.

Les Français achètent de plus en plus ces produits. Par regain de foi ?
Pas forcément ! Ça reste pour certains un achat catho, mais c'est aussi très bobo. Ces produits cumulent plusieurs attentes actuelles des consommateurs : l'authenticité, le naturel, l'artisanat, le circuit court, le patrimoine. Même s'ils sont un peu plus chers, on a l'impression d'avoir fait un achat plaisir et engagé.

Le Parisien, propos recueillis par Fl. M

Publication assignée à : La Presse en parle